Directeur technique du Bourges FC et entraîneur de la réserve masculine, Davy Merabti détaille le projet de formation du club. Entre exigence du résultat, accompagnement des jeunes et formation des éducateurs, il défend une progression patiente et cohérente. Portrait-entretien.

Crédit photo : Aurélie Bonnard.

Installé au milieu des sièges rouges du stade Jacques Rimbault, Davy Merabti ne cherche pas longtemps ses mots lorsqu’on l’interroge sur ce qui le fait avancer. « Mon ADN, c’est le terrain », répond-il. La formule résume un homme qui cumule pourtant plusieurs fonctions au Bourges FC. Directeur technique du club, responsable de la politique de formation et entraîneur de l’équipe réserve en Régional 1, il partage son temps entre la pelouse, l’observation des jeunes et l’accompagnement des éducateurs.

Arrivé à au Bourges FC en 2024 après six saisons à la tête du Vierzon FC, avec lequel il a connu une accession en National 2 et un huitième de finale de Coupe de France, le technicien connaît les exigences du football national. Au Bourges FC, son travail s’inscrit désormais dans une mission plus large. Il ne s’agit plus seulement de préparer une équipe pour le match suivant, mais de construire un chemin entre l’école de football, les catégories de jeunes, la réserve et l’équipe première.

UNE RÉSERVE CONÇUE COMME UNE PASSERELLE

La victoire obtenue face à Châteauneuf-sur-Loire lors de la première journée de Régional 1 a offert un point de départ concret à l’entretien. Davy Merabti juge le succès logique, tout en rappelant la qualité et l’expérience de l’adversaire. Il retient surtout une première période maîtrisée et la possibilité d’observer son groupe dans plusieurs situations. Mener rapidement oblige aussi à défendre, à gérer les temps faibles et à mesurer la capacité des plus jeunes à rester organisés.

Cette réserve a été profondément rajeunie. Lors du premier match, en dehors du capitaine, le deuxième joueur le plus âgé n’avait que 22 ans. La majorité de l’effectif se situe entre 18 et 21 ans. Ce choix donne à l’équipe une mission précise : préparer des joueurs susceptibles de rejoindre un jour le groupe fanion.

La relation avec Romain Revelli, l’entraîneur de l’équipe première, tient une place importante dans ce dispositif. Les deux techniciens échangent avant les rencontres sur les joueurs disponibles et les temps de jeu à respecter. En début de semaine, Davy Merabti transmet un compte rendu. Il évalue individuellement les joueurs issus du groupe supérieur, mais signale aussi ceux de la réserve qui progressent et peuvent prétendre à franchir une étape.

Le résultat conserve son importance. Merabti se définit volontiers comme un compétiteur et n’entre jamais sur un terrain pour perdre. Son regard a cependant changé. Il reconnaît qu’il aurait autrefois privilégié une victoire fermée par un but à zéro. Aujourd’hui, il partage la priorité entre le classement, la progression individuelle et la qualité collective. Pour lui, les résultats doivent accompagner la formation plutôt que la masquer.

SUIVRE LES GÉNÉRATIONS SANS BRÛLER LES ÉTAPES

La réserve constitue la fin d’un parcours qui commence plusieurs années auparavant. Le Bourges FC accueille plus de 400 jeunes et certaines catégories rassemblent plus de cinquante enfants. Le club doit même refuser ou orienter des demandes, faute de capacité d’accueil suffisante. Davy Merabti y voit un signe de confiance dans le projet, mais il refuse d’en tirer des conclusions trop rapides. Le club progresse, dit-il, sans pouvoir encore se présenter comme une structure d’élite dans toutes ses catégories.

Son objectif consiste à suivre chaque génération et à identifier les deux ou trois joueurs capables, à terme, d’atteindre le niveau senior régional puis national. Tous ne progresseront pas au même rythme. Un adolescent en retrait à 14 ans peut se révéler deux saisons plus tard. C’est l’une des raisons pour lesquelles le club a créé des équipes supplémentaires en U15 et en U17. Elles permettent de conserver des jeunes attachés au Bourges FC, même lorsqu’ils ne sont pas encore prêts pour le niveau régional le plus élevé.

« Cela me peinait que des enfants qui avaient toujours été au club soient obligés de partir », explique-t-il. Le projet ne promet pas à chacun l’équipe première. Il cherche plutôt à proposer un niveau de pratique cohérent et à laisser du temps à ceux dont le potentiel demande encore à mûrir. Dans cette architecture, une troisième équipe senior joue également un rôle de relais. À terme, Merabti imagine un ensemble capable d’offrir une place à chaque profil, de l’équipe fanion au niveau départemental.

FORMER LES JOUEURS ET LES ÉDUCATEURS

La politique technique ne concerne pas uniquement les joueurs. Depuis deux ans, le Bourges FC investit dans la formation de ses éducateurs. Des responsables de l’école de football ont suivi des cursus fédéraux, plusieurs membres de l’encadrement ont obtenu ou préparé le Brevet de moniteur de football et des certificats fédéraux. Pour Davy Merabti, cet effort financier commence à produire des effets visibles dans la préparation des séances et l’encadrement quotidien.

Il assume le choix de s’appuyer sur de jeunes éducateurs, encadrés par des personnes plus expérimentées. Les générations de joueurs ont changé et le discours doit évoluer avec elles. « Il faut toujours se reformer et se recycler », insiste-t-il. La jeunesse ne constitue pourtant pas un critère suffisant. Il recherche d’abord des personnes capables de travailler ensemble, d’accepter la discussion et de ne pas se croire détentrices d’une vérité définitive.

Cette dimension collective revient souvent dans son propos. Une politique de formation ne peut reposer sur un seul technicien. Elle exige une équipe d’éducateurs qui se retrouve, partage ses difficultés et s’entraide. Merabti estime que le fonctionnement s’est amélioré au fil des saisons. Il se dit fier de l’encadrement en place, tout en rappelant que le club reste ouvert à celles et ceux qui souhaiteraient rejoindre le projet. Cette ouverture suppose un engagement réciproque : le Bourges FC peut solliciter des compétences, mais les candidats doivent aussi manifester leur envie.

LE TERRAIN AU CENTRE DU PROJET

Lorsqu’on lui demande quelle fonction il préfère, Davy Merabti choisit la direction technique, qu’il qualifie de passionnante. Quelques instants plus tard, il revient pourtant au terrain. Les deux missions ne s’opposent pas. L’entraînement lui permet de rester au contact des joueurs et d’éprouver les principes qu’il souhaite diffuser dans le club. La direction technique lui donne la possibilité d’inscrire ce travail dans la durée.

Pour la saison, il ne fixe pas une place précise à la réserve. Il souhaite la voir pratiquer un football ambitieux, progresser et se rapprocher du haut de tableau si les jeunes franchissent les étapes attendues. Les coupes restent aussi des objectifs, notamment parce que le Bourges FC aborde les compétitions départementales avec le statut de tenant du titre. Mais le principal indicateur se lira ailleurs : dans le nombre de joueurs capables de se rapprocher durablement de l’équipe première.

Davy Merabti dit se sentir bien au Bourges FC et travailler avec la confiance de ses responsables. Cette confiance l’oblige autant qu’elle le libère. Elle lui permet d’installer un projet dont les résultats ne se mesureront pas seulement à la fin du prochain week-end. Former un joueur, consolider une génération et faire grandir un éducateur demandent du temps. Le technicien n’en oublie pas pour autant sa première boussole. Elle tient en quelques mots : le terrain, le travail et la progression.

 

Jean-Michel Pinon

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